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Destinées orphelines dans la France du choléra : Marie Bryck et ses frères – RetroNews

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Sur le mode de la micro-histoire, l’historienne Laurence Giordano dresse le portrait tumultueux d’une fratrie de jeunes orphelins à la suite de l’épidémie de choléra à Paris de 1849.
Laurence Giordano est professeur d’histoire-géographie à Paris, et documentariste pour la radio et la télévision. Son ouvrage Marie Bryck et ses frères, une histoire de survie et de destin dans la France du choléra est paru en 2020 aux éditions Payot.
Propos recueillis par Benoît Collas 

RetroNews : Tout d’abord, comment en êtes-vous arrivée à faire l’histoire de cette anonyme, Marie Bryck, et de sa famille ?
Laurence Giordano : Lorsque j’étais étudiante à l’EHESS, j’ai travaillé sur un corpus d’archives sur le choléra au XIXe siècle aux Archives de la ville de Paris, qui comprenait des fiches et dossiers individuels d’enfants dont les parents étaient morts du choléra en 1832 ou 1849. Ces dossiers ont ainsi fait surgir tout un monde d’enfants : on voit d’une part leurs parcours singuliers, et d’autre part la manière dont l’administration communale a œuvré.
J’ai effectué à l’époque un travail assez classique d’historienne en montrant comment s’organise cette gestion des épidémies, et en particulier comment s’était construite une catégorie spécifique d’orphelins vis-à-vis de laquelle l’administration est plus attentionnée. À l’intérieur de ces dossiers, celui des Bryck, particulièrement compliqué, sur lequel je suis revenue des années après pour en faire la micro-histoire. Il contient de nombreuses pièces, dont de précieuses lettres des enfants Bryck, probablement jamais arrivées à leur destinataire puisque interceptées par l’administration et ajoutées au dossier, constituant ainsi une source rare concernant les classes populaires de cette époque.
NOUVEAU
RetroNews | la Revue n°3
Au sommaire : un autre regard sur les explorations, l’âge d’or du cinéma populaire, et un retour sur la construction du roman national.
Quelles sont les origines de la famille de Marie Bryck ?
La famille Bryck vient de Gavisse, petit village de la vallée de la Moselle situé à la frontière de l’Allemagne et du Luxembourg – région que l’on nomme « Pays des Trois Frontières » aujourd’hui. Il s’agit donc d’une région transfrontalière et, d’autant plus à cette époque, d’un environnement très rural. Une partie de sa famille, originaire du Luxembourg, est venue en France au début du XIXe siècle. Ils parlent le francique mosellan, probablement mal le français, et le nom de Bryck a d’ailleurs été francisé dans l’état civil car on trouve au départ « Brücke », « pont » en allemand.
Il s’agit d’une famille d’artisans : la mère des Bryck est couturière et fille de tonnelier, et le père est maréchal-ferrant. Propriétaires de maisons et de petits lopins de terre, les Bryck sont donc, sans être riches, une famille subvenant à ses besoins et intégrée dans sa communauté villageoise. 
Pourquoi alors émigrent-ils à Paris ? Que savez-vous de leur nouvelle vie dans la capitale ?
Le père Bryck, suivi de sa femme et ses enfants, émigrent à Paris en 1839-1840 dans un contexte d’exode rural, notamment en provenance de l’Est de la France. Mais je ne sais pas vraiment pourquoi car je n’ai pas de source en indiquant la raison. Nous pouvons seulement émettre des hypothèses, la plus probable étant la promesse de prospérité : avec le développement des compagnies de transport hippomobile (34 000 Parisiens en empruntent chaque jour en 1834), la capitale n’a jamais autant offert de travail aux maréchaux-ferrants. De plus, la sœur de la mère et son mari vivent déjà à Paris depuis plusieurs années, ce qui facilite l’installation.
Pour cette dernière, il y a deux critères : la filière de migration, c’est-à-dire les connaissances aidant à s’installer – en l’occurrence la belle-sœur et le beau-frère habitant rue du Cherche-Midi à la barrière de Vaugirard –, et surtout le lieu de travail. Les Bryck s’installent ainsi à l’opposé : rue de Miromesnil dans le 1er arrondissement d’alors, actuel 8e, ce qui s’explique probablement par la forte présence d’ateliers pour les diligences.
Le premier drame est le décès du père Bryck en 1846, sans que je ne puisse en savoir la cause. La présence comme témoins de son beau-frère et son neveu indique le maintien des relations entre les deux familles. Je sais en revanche qu’il a fait des hypothèques sur leurs biens de Gavisse dans les années 1840, ce qui prouve que leur situation financière était mauvaise. La mère – prénommée Marie également – se retrouve donc seule avec trois enfants à charge et des biens en partie hypothéqués dans le contexte de la terrible crise économique de 1846-1847. Elle quitte la rue de Miromesnil et effectue un emprunt de 250 francs.
Quelles sont les conséquences de l’épidémie de 1849 sur leur existence ?
Au pic de l’épidémie en mai-juin 1849, la mère des enfants Bryck est emportée par le choléra. La vente des biens de la famille Bryck à Gavisse servant uniquement à couvrir la dette de 250 francs contractée par la mère, les trois enfants, Nicolas, Marie et Michel, respectivement âgés de 14, 12 et 10 ans, se retrouvent alors sans ressources.
Leur histoire est très intéressante car elle témoigne des politiques sociales de l’époque en contexte de « calamité publique » comme on dit alors. Les orphelins du choléra, très nombreux, bénéficient d’une considération comparable à celle des enfants des citoyens-soldats de 1792 ou des pupilles de la Nation de 1917 : leur tuteur est le maire d’arrondissement, et la prise en charge dont ils font l’objet se situe au croisement des politiques de charité religieuse et d’assistance publique. Ainsi, leur tante qui les a recueillis fait une demande en ce sens quand elle apprend l’existence de ces secours.
Les trois enfants sont alors séparés : l’aîné, Nicolas, est envoyé en colonie agricole en Touraine, Marie est placée chez une couturière comme apprentie rue de l’Arcade à Paris, et le plus jeune, Michel, est envoyé à l’asile-école Fénelon de Vaujours en Seine-et-Oise. Ils font ensuite l’objet d’un suivi de l’administration municipale : les édiles des bureaux de secours de la mairie du 1er arrondissement témoignent d’une véritable préoccupation du sort de ces orphelins du choléra.
Qu’est-ce qui a alors particulièrement retenu votre attention dans le sort de cette adolescente ?
Tout d’abord, je ne comprenais pas pourquoi elle avait été arrêtée et condamnée pour escroquerie jusqu’à ses 20 ans à la maison de correction, où elle décède très vite, à l’âge de 15 ans. Mais c’est surtout la lettre de Marie Bryck écrite de sa main quelques semaines avant sa disparition qui m’a touchée. Il est si rare et précieux de lire les mots d’une jeune fille de 15 ans qui dit ses peurs depuis sa prison. Sur une fine feuille de papier blanc, aujourd’hui jaunie par le temps, l’adolescente adresse une supplique à sa tante afin qu’elle lui pardonne son forfait et s’occupe d’elle :
« Je suis très inquiet[e] depuis quatre semaine que vous n’êtes pas venue si c’est parsque j’ai fait une faute que vous m’abandonnez… » 
C’est un témoignage exceptionnel sur l’enfance dans les années 1850.
C’est au cours de l’hiver 1851-1852 que Marie commet une escroquerie de gâteaux dans une pâtisserie non loin de la place de la Madeleine, en se faisant passer pour une domestique d’une maison princière polonaise. Elle est acquittée car âgée de moins de 16 ans : on considère qu’elle a agi sans discernement. Néanmoins, paradoxe du Code pénal alors en vigueur, Marie Bryck est placée en maison de correction jusqu’à ses 20 ans alors qu’une condamnation pour escroquerie lui aurait valu une amende ou quelques jours de prison.
Marie se retrouve à Saint-Lazare, prison pour femmes dont une partie sert de maison de correction, que l’on nomme « ménagerie » en raison des barreaux permettant de constamment surveiller ces jeunes détenues. Elle y attrape la fièvre typhoïde et en meurt en août 1852 ; malheureusement je n’en sais pas plus car les archives de Saint-Lazare antérieures à 1856 n’ont pas été conservées.
Et savez-vous ce qu’il est advenu de ses deux frères, Nicolas et Michel ?
Ce n’est que dans un second temps que j’ai trouvé des informations sur Nicolas et Michel, dans les archives des institutions par lesquelles ils sont passés. Après avoir travaillé comme apprenti cultivateur dans la ferme-école de Marolles en Indre-et-Loire au cours de l’année 1851, Nicolas suit le directeur Jean-Philippe Dubreuil-Chambardel qui prend la gestion d’un nouveau domaine agricole à Vassimont-et-Chapelaine en Champagne. La colonie de Marolles est fermée car en réalité, le directeur exploite les garçons sans respecter le contrat passé avec l’administration parisienne.
C’est finalement au printemps 1852 que Nicolas s’échappe de la colonie de Vassimont-et-Chapelaine pour se faire embaucher dans le village voisin d’Haussimont. Il passe sa vie dans la Marne où il se marie et a six enfants, dont trois meurent en bas âge. Il décède à l’hôpital psychiatrique de Châlons-sur-Marne en 1893 de la maladie de Huntington.
Quant à Michel, après le pensionnat de Vaujours, il est placé comme apprenti cordonnier dans le Marais où il subit diverses maltraitances, puis vole et fugue. Vagabond, il est, tout comme sa sœur, condamné à la maison de correction jusqu’à ses 20 ans à la prison de Gaillon dans l’Eure. Après cela, il retourne dans le Marais où il est ouvrier cordonnier, a un enfant né en 1866 avec Rachel Caën avant de l’épouser en décembre 1870 ; il décède en 1901. Rien dans les archives n’indique que Nicolas et Michel se soient revus après leur séparation, mais là encore on ne peut que supposer.
Comment la douloureuse micro-histoire de Marie Bryck éclaire-t-elle son époque, selon vous  ?
Son histoire permet de saisir à l’échelle individuelle des phénomènes connus du XIXe siècle tels que l’exode rural et le choléra, et constitue un témoignage fort de la précarité des classes populaires encore à cette époque : la maladie ou la perte d’un travail font bien souvent chuter brutalement dans l’indigence.
De plus, en étudiant leur cas, on mesure mieux l’impact des institutions – colonies agricoles, pensionnats, asiles, prisons, etc. – sur les trajectoires personnelles. Avec les correspondances entre ces institutions et l’administration parisienne conservées dans le dossier Bryck, on comprend mieux l’entrelacs des liens entre élites, fonctionnaires et classes populaires. La micro-histoire permet de nuancer les idées que l’on a lorsqu’on fait de l’histoire à grande échelle.

Marie Bryck et ses frères, une histoire de survie et de destin dans la France du choléra est paru en 2020 aux éditions Payot.
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