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Au procès du 13-Novembre, Me Negar Haeri, une si fine avocate de la défense – France Inter

Sur les bancs de la défense, parmi la trentaine de robes noires, Me Negar Haeri est une avocate qui s’est démarquée par des questions toujours subtiles. Elle a été l’une des premières à plaider l’acquittement de son client cette semaine. Cette brillante pénaliste est aussi une pianiste virtuose.
Me Negar Haeri est une avocate particulièrement fine. Un corps gracile dans sa grande robe noire, et des mots ciselés, alignés d’une petite voix douce pour échafauder des raisonnements souvent complexes, toujours subtils. Elle est à ce procès des attentats du 13-Novembre, l’une des deux avocats de Mohammed Amri, accusé d’avoir véhiculé les frères Abdeslam lors des préparatifs des attentats, puis d’être allé chercher Salah Abdeslam à Paris dans la nuit, juste après les attentats, et de l’avoir ramené à Bruxelles pour le début de sa cavale. Elle défend Amri avec Me Xavier Nogueras. Elle a plaidé juste avant lui, mardi, dans un style opposé.
Le style de Negar Haeri, c’est de la dentelle. Lors de sa plaidoirie, brillante, elle a décortiqué les trois lettres qui fondent l’une des infractions reprochées à son client : AMT, pour association de malfaiteurs terroriste. Pour cela, Amri encourt vingt ans de réclusion criminelle, même si les avocats généraux du parquet national anti-terroriste n’ont requis contre lui que huit ans de prison. ll est par ailleurs poursuivi pour recel de malfaiteur terroriste, pour avoir ramené Salah Abdeslam à Bruxelles au matin du14 novembre 2015, donc. Mais c’est sur cette AMT que Me Haeri a méticuleusement plaidé : “Tant que vous n’avez pas connaissance que quelque chose existe, votre œil n’est pas suffisamment acéré pour le voir”. L’homme qu’elle défend n’aurait donc pu percevoir la radicalisation des frères Abdeslam, ni se douter qu’il participait avec eux à des préparatifs d’attentats en les véhiculant jusqu’à des loueurs de voitures, car “il y a une série d’interrogations et toutes relèvent de la perception” dit encore finement Me Haeri. “Il faut apprécier l’exactitude d’une perception, et vous devez par conséquent juger non pas seulement un homme, mais juger son jugement, soit un jugement au carré. Cela en fait des responsabilités ! Et je ne parle là que de celui qui perçoit. Que dire de l’objet de la perception ?”
Phrase suivante, debout face à la cour : “Pour vous sanctionner d’avoir franchi un périmètre interdit, il vous faut d’abord percevoir le sol sur lequel ce périmètre est dessiné dans sa parfaite exactitude”, dit-elle. Et pendant plus d’une heure, de sa voix posée, Me Haeri a patiemment tenté de prouver que la cour ne pouvait juridiquement condamner son client pour association de malfaiteurs terroriste, étayant sa démonstration d’arrêts fondateurs de la cour de cassation ou de décisions du conseil constitutionnel. Plaidoirie technique aux airs arides, mais limpide. Elle a plaidé l’acquittement, agitant délicatement ses mains, une bague scoubidou vert fluo à la main droite, sa bague porte-bonheur, une ribambelle de bracelets dorés au poignet gauche.
A ce procès du 13-Novembre, Me Haeri est celle qui, sur les bancs de la défense, aura posé les questions les plus alambiquées. Avec un souci constant de la précision. Avec elle, aucun raccourci autour du mot radicalisation. Et d’ailleurs, elle a aussi plaidé cette semaine que son client n’avait pu détecter la radicalisation des frères Abdeslam qui, selon elle, pratiquaient la taqiya, cette technique de dissimulation employée par les djihadistes pour ne pas se dévoiler. “Comment savoir qu’il y a un invisible à déchiffrer si par définition on ne le voit pas ?”, a-t-elle demandé à la cour. Me Haeri aime raisonner. Elle adore “la structure mentale, comprendre la mécanique des choses”. Elle est aussi celle qui aura utilisé le plus de fois le mot “hiatus” à l’audience. Dans son box, Amri, qui a souvent parlé par onomatopées, n’a d’ailleurs pas toujours semblé comprendre ce qu’elle exprimait. Mais elle s’est battue jusqu’à cette plaidoirie finale pour lui. Se levant souvent pour le défendre face à l’accusation, sortant des procès verbaux un dossier d’un million de pages qu’elle maîtrise parfaitement.
Me Haeri est une bosseuse. Durant ces neuf mois de procès, elle s’est souvent levée à 6 heures du matin, bûchant parfois jusqu’au milieu de la nuit, ou le week-end. “Je n’ai pourtant jamais été une bonne élève en classe”, plaisante-t-elle. Elle a longtemps eu du mal à se concentrer sur les bancs de l’école. Sa passion première a très longtemps été le piano. Elle a commencé à jouer de cet instrument à cinq ans, et se souvient encore de ce piano Seiler droit que ses parents lui avaient offert pour cet anniversaire. Ses parents sont arrivés d’Iran dans les années 70, “au départ pour un voyage de quelques mois et qui finalement a duré le temps d’une vie”. C’était initialement pour échapper à la révolution de 1979 à Téhéran. Là-bas, son père avait fait des études de sociologie ; il s’est reconverti dans la vente de tapis à Paris. Sa mère, elle, a étudié la peinture aux Beaux-Arts de Paris et s’est consacrée à ses trois enfants. Elle aimait aussi peindre dans son atelier. “J’ai grandi en regardant ma mère peindre des pastels au pinceau et à la loupe, je crois que c’est à elle que je dois mon souci du détail”, confie Negar Haeri. Sa mère lui a aussi enseigné le solfège – qu’elle a découvert dans le même temps, et qui a aiguisé son oreille musicale.
Negar Haeri adorait tellement le piano qu’elle a longtemps voulu en faire son métier, être une virtuose professionnelle. Après son baccalauréat, elle en a fait sept heures par jour dans des conservatoires, en région parisienne puis à Genève, “des années à la fois belles et dures”. Puis elle s’est faite à l’idée qu’elle aurait du mal à devenir concertiste. A 23 ans, elle s’est finalement inscrite en fac de droit, à Nanterre, puis à la Sorbonne. D’abord “par dépit”, mais la matière pénale l’a “complètement accrochée”. Sur les traces de son grand frère Kami ; le petit frère Nima allait suivre le même parcours quelques années plus tard. Tous trois sont devenus de brillants avocats, tous trois ont remporté le prestigieux concours d’éloquence de la conférence du stage. C’est ainsi qu’en 2015, Me Negar Haeri s’est retrouvée saisie de la défense de Mohammed Amri, en tant qu’avocate commise d’office, le jour de 2016 où il a été mis en examen par un magistrat instructeur français. C’est le profil de bon nombre d’avocats de ce procès : d’anciens secrétaires de la conférence, comme on les appelle, qui ont été appelés pour la défense d’urgence de ces accusés du 13-Novembre. Avec Amri, Negar Haeri estime qu’une “confiance s’est établie” depuis six ans.
A l’automne dernier, quand des centaines de survivants des attentats et des familles endeuillées se sont succédé à la barre pour dire leurs douleurs abyssales, Me Haeri a ressenti “une réelle empathie” pour ces victimes. Sur les bancs de la défense, elle confie que “derrière nos masques chirurgicaux, il y avait les larmes”. Et ce qui l’a profondément “bouleversée”, ce sont les nombreuses victimes qui disaient vouloir les meilleurs avocats de la défense pour les accusés, pour une justice équitable. Me Haeri trouve que “c’est extrêmement fort de se dire qu’une personne qui a tout perdu est encore en mesure de considérer qu’en dépit du chaos, il faut qu’un état de droit se manifeste”.
Durant ces neuf mois de procès, l’une des images qui l’a le plus marquée, c’est “cette image assez folle”, un soir de septembre où il était si tard, et où les accusés avaient tellement faim, que le président Périès les a autorisés à se nourrir des gâteaux et bonbons qu’avaient leurs avocats et des victimes. Pour elle, il y a indéniablement quelque chose de “profondément humain qui émane de ce procès”.
A 41 ans, elle pense que ce procès l’a changée, l’a rendue plus “engagée”. Quand elle n’est pas dans le prétoire, Negar Haeri travaille pour une émission de télévision : Non élucidé, avec son regard d’experte en droit, sur des cold cases. Elle tient aussi une chronique dans Piano Magazine, dans laquelle elle interviewe des mélomanes non professionnels. La musique reste une passion qui la “happe”. Et si elle n’a presque pas trouvé le temps de jouer du piano durant ces neuf mois d’audience, elle a éprouvé à la fin de la première vague de témoignages des parties civiles, un besoin irrépressible d’écouter en boucle de la musique classique. Schubert, surtout, son compositeur préféré. “Ecouter du classique était alors devenu un besoin physique, pour réinjecter de la beauté dans la vie”. Cette année, Negar Haeri, entre deux audiences, s’est souvent aussi rendue au musée d’Orsay, pour admirer “La pie” de Monet. Son écrivain fétiche est Romain Gary. Mais c’est Victor Hugo qu’elle a cité cette semaine pour clore sa plaidoirie. Un extrait des Misérables : “Il y a un spectacle plus grand que la mer, c’est le ciel ; il y a un spectacle plus grand que le ciel, c’est l’intérieur de l’âme”.
Retrouvez ici tous nos articles consacrés au compte-rendu, jour par jour, du procès des attentats du 13 novembre 2015.
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